Blue Phobia

L’annonce de la publication de ce titre m’avait intrigué, surtout pour les visuels qui en avaient été montrés. Les multiples retours critiques positifs étaient de plus assez rassurants quant-à sa qualité et… eh bien, c’est un one shot, ce qui est déjà un argument de vente en soi. Cependant, après lecture…

Kai s’éveille un beau jour attaché à un lit, sous multiples perfusions, tandis qu’un mec en blouse s’apprête à lui injecter un truc noir. Mais l’intervention de Meer, une jeune fille aux membres bleutés, lui permet de s’échapper avec elle. Il découvre qu’il est alors dans un centre d’étude de la maladie indigo, qui minéralise progressivement ceux qui l’ont contractée. Les squelettes de ces derniers deviennent ainsi des saphirs marins, une ressource énergétique remarquable, ce qui rend le corps de tout malade « indigo » inestimable. Mais il se trouve que Meer avait rencontré quelqu’un qui lui avait fait part d’un plan d’évasion; et ce quelqu’un, c’est Kai. Problème: il est amnésique.

Alors, visuellement (parce que, on ne va pas se mentir, c’est là-dessus que le titre est vendu), c’est joli. La couverture, pour commencer, fait vraiment envie avec, pour la première, le squelette de Meer minéralisé en surbrillance, et la quatrième, le système sanguin de Kai dans le même genre de bleu, dénotant le degré de contamination de chacun au début de l’histoire. Le dessin est dans l’ensemble très réussi, mais il lui manque des pages en couleur qui lui permettraient de vraiment se mettre en valeur: l’édition proposée par Glénat est 100% noir et blanc, ce qui est tout de même plutôt étrange pour un titre qui insiste autant sur une couleur aussi marquée. Jusque dans le titre.

Cependant, le problème n’est pas là. Non, le problème, c’est l’histoire: une suite de clichés et de facilités. Le coup de l’évasion du centre de recherche secret où des expériences gores sont menées sur des cobayes humains, c’était déjà un truc éculé il y a vingt ans. Et l’amnésie, désolé, mais je n’arrive vraiment pas à y voir autre chose qu’une facilité narrative pour justifier les explications en mode diégétique (ce qui n’empêche pourtant pas d’avoir de multiples apartés explicatifs sur la maladie indigo et les saphirs marins).

Et puisqu’on en parle, ces explications ont beaucoup fait pour me sortir du récit. Que le saphir marin soit une ressource-miracle, je peux parfaitement l’entendre, et ce ne serait pas la première fois dans un manga (ou un anime; ou autre). Mais quand ses propriétés physiques et/ou chimiques avancées viennent contredire ce qu’on nous montre, c’est stupide. Par exemple, on nous dit qu’il ne produit pas de déchet (euh… ok?), mais génère de l’électricité en quantité, naturellement et sans raffinage… ce qui signifie que Meer devrait électrocuter tout le monde dans son sillage, vu que son squelette est déjà au moins partiellement minéralisé. Sauf que non.

Parmi les facilités, je trouve aussi que le personnage de Fukami, malgré un développement intéressant, est un peu forcé. Mais moins que le retournement de dernière minute d’un certain personnage, que je vais éviter de spoiler. Je dirai juste que les persos principaux sont beaucoup aidés par le scénario et les décisions souvent absurdes de certains antagonistes. Certains trucs semblent tellement sortis du chapeau qu’on en vient à questionner la cohérence de l’ensemble.

De fait, on a un one shot visuellement très joli, au pitch qui, à défaut d’être original, a quand même du potentiel, mais qui souffre énormément de sa mise-en-forme narrative, où on empile les lieux communs, et où les personnages parviennent à se faufiler jusqu’à la fin en passant par les trous du scénario. Et c’est vraiment dommage, d’autant qu’il soulève des questionnements intéressants: la question énergétique et ses implications sur le plan humain, par exemple; mais qui est beaucoup moins bien traitée que dans, disons, Promare (dans un genre il est vrai très différent).

Au final; Blue Phobia est à mes yeux une petite déception. Pas honteuse, mais assez loin de ce que j’espérais. Même si c’est, au fond, un petit titre qui peut s’avérer sympathique pour peu qu’on ne soit pas trop exigeant, ni trop regardant sur les facilités d’écriture. Il est aussi dommage que les seuls aspects « éditoriaux » sur lequel le manga arrive à se démarquer soient sa couverture et son format, sans rien qui puisse mettre en valeur son point fort, à savoir le dessin.

Au revoir; à bientôt.

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