Avec Toi

L’hiver se rapproche peu à peu, et les rhumes aussi. Enfin, chez moi, c’est comme ça que ça fonctionne. Quoi qu’il en soit, c’est accompagné d’une crève bien chiante que j’ai découvert Avec Toi. Acheté presque les yeux fermés, puisqu’il y est question de chat. Je vous ai dit que j’aimais les chats? Eh bah j’aime les chats. Sauf dans la gorge. Par contre, comme c’est un one shot, il y a de gros risques de spoils, même si j’essaierai d’y aller mollo.

Le petit Wataru Osawa a ramassé un chaton famélique dans la rue, qu’il ramène à la maison que ses parents viennent de faire construire dans la banlieue de Tokyo. Malheureusement, son père n’a aucune envie de garder un chat sous son toit et lui ordonne de l’abandonner à l’endroit où il l’a trouvé. Mais le chaton ne trouvant pas de famille pour l’adopter, il finit par céder et accepter la présence de Shirô, qui va les accompagner pendant plus d’une quinzaine d’années.

Chaque chapitre est titré selon l’âge du chat, mais le rôle de ce dernier sera avant tout contextuel. Ouais, c’est décevant à première vue, mais il vaut bien mieux une bonne fiction « sociale » qu’un mauvais manga animalier. Car Avec Toi s’en sort très bien avec son chat en simple fil rouge narratif, ses premiers contacts avec la famille Osawa servant de point de départ à l’histoire, ce dernier coïncidant presque avec l’arrivée de ladite famille dans la maison, tandis que la fin est marquée par le départ de celle-ci.

À l’exception de deux chapitres (dont le premier), la principale narratrice de l’histoire est Mami, la fille de la famille, mais, même si elle reste un personnage principal, le manga semble au moins tout autant se concentrer sur Wataru et sur son père (notamment sur des segments où elle n’apparaît tout simplement pas). En réalité, l’importance de ce dernier est telle qu’elle façonne les actions et réactions d’à peu près tous les personnages.

Takeshi Osawa est en effet une figure patriarcale à fort tempérament, fier de sa réussite professionnelle (et donc sociale), aux idées TRÈS arrêtées et à l’éthique au mieux défaillante. Persuadé que la réussite scolaire est la clef de tout, il éprouve une profonde déception vis-à-vis de son fils, beaucoup moins « adapté » à ses attentes qu’il ne l’escomptait et qu’il en arrive à mépriser. Sans réaliser qu’il est lui-même une escroquerie ambulante (et un sacré connard, n’ayons pas peur des mots).

Il est, en quelque sorte, un archétype de salaryman-winner assez caricatural, mais pas irréaliste sur le fond, qui déteint très fortement sur son entourage, sa femme Eriko principalement (qui n’arrive pas à le remettre en place à temps), mais aussi ses enfants. Mami va en effet adopter ses valeurs et, bien qu’elle n’éprouve pas pour lui une affection débordante, elle en arrive à fréquenter un homme qui occupe un poste équivalent à celui de son père (dans une entreprise concurrente) et presque reproduire les erreurs de sa mère. Tandis que Wataru ne parvient à échapper à son emprise méprisante qu’au moment de quitter le domicile familial et prendre en main sa vie, sortant alors de celle de Shirô.

Ce dernier mène une petite vie de chat au caractère bien trempé, capricieux mais affectueux à sa façon, manifestement bienveillant vis-à-vis aussi bien des bipèdes qui l’ont pris sous leur aile que de ses semblables. Son vieillissement coïncide avec celui de la maison et de la maisonnée, avec tout ce que ça peut sous-entendre: pas de surnaturel ou de SF ici, le manga s’achève alors qu’il arrive à un âge avancé pour un matou (avec les problèmes de santé qui vont avec) et que les parents ont dépassé la cinquantaine, le fier pavillon de banlieue nécessitant alors moult travaux d’entretien et tirant un peu la gueule.

Au fond, le titre est une critique de la « réussite » dans son sens simpliste (soit celui que le lui donne le patriarche Takeshi et auquel se raccroche son épouse Eriko), montrant l’échec des valeurs d’une génération (celle de l’après guerre; vous savez, celle à qui on dit « OK boomer » ces derniers temps), et de sa fierté mal placée et oppressante, oubliant que l’épanouissement peut exister en dehors des clous. Comme l’apprennent aussi bien Wataru que Mami. Ce dont se fout royalement Shirô, mais bon…

Bref. Avec Toi est un titre très agréable à lire et pertinent, qui ne souffre pas vraiment du fait qu’il soit très court: ç’aurait parfaitement pu donner une série d’une dizaine de volumes, mais le fait est que, même en moins de 200 planches, je n’ai pas spécialement eu l’impression qu’il ait été rushé ou écourté. Si bien qu’au final, on se retrouve avec un one shot dense, mais pas condensé au point d’en devenir indigeste ou perdre son lecteur. Vraiment une bonne surprise, donc.

Au revoir; à bientôt.

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