Blame!

Le manga est certes terminé depuis (très) longtemps, mais ce n’est que relativement récemment que l’édition « Deluxe » proposée par Glénat a achevé sa publication. Mais bon, comme énormément de choses ont été écrites et dites sur ce titre, je serai plus court qu’à l’accoutumée.

Dans un futur qu’on imagine très lointain, Killee arpente inlassablement les passages d’une mégastructure, de taille et de nature inconnue (sphère de Dyson?). Il est à la recherche d’un code génétique bien particulier: celui qui permet un accès complet aux terminaux de la mégastructure. Las, ce code s’est corrompu depuis des lustres, et Killee n’a jusqu’ici jamais trouvé quiconque dont le patrimoine génétique n’ait pas au minimum été altéré. De plus, de dangereux êtres artificiels y chassent les derniers humains survivants.

La première publication du manga étant relativement ancienne, mes souvenirs de celle-ci sont restés assez flous; du moins jusqu’à la lecture de cette nouvelle version grand format. La grande question étant: était-il justifié de recourir à un format proche du B5? Eh bien… oui, mais ça ne va pas sans poser quelques menus problèmes.

Architecte de formation, Tsutomu Nihei est réputé pour ses immenses perspectives et ses plans larges vertigineux, qui donnent une telle impression de gigantisme que tout ce qui se trouve à dimension humaine semble minuscule en comparaison. Ici, de fait, ce nouveau format est juste parfait pour sublimer ces caractéristiques esthétiques et renforce encore la dichotomie entre Killee (ou autre personnage) et les lieux cyclopéens dans lesquels il se déplace, mettant en évidence que ces derniers ne sont manifestement pas adaptés par défaut à la vie humaine (du moins telle qu’on la connaît).

L’hostilité environnementale est d’ailleurs un lieu commun du manga, et les organismes siliciés ou autres éléments tueurs apparaissent régulièrement pour le rappeler (des fois qu’on oublierait, vous savez). Le meilleur exemple est la créature métamorphe Sanhakan, mais c’est tout un monstrueux bestiaire artificiel qui opère au sein de la mégastructure, avec un design torturé rappelant tantôt les machines biologiques de Panzer Dragoon, tantôt les xénomorphes d’Alien, tantôt les créatures de Phyrexia. Des êtres qui, dans une esthétique empruntant régulièrement au body-horror, adoptent parfois un visage si humain qu’il en paraît inhumain. Sauf que…

Le problème, avec le dessin de Tsutomu Nihei, c’est qu’il n’est clairement pas à la faveur de ses personnages humains (ou assimilés). Notamment pour les visages, la plupart du temps totalement inexpressifs. Si, au premier abord, on peut considérer qu’il s’agit d’un parti-pris esthétique (une façon de rappeler que même les humains ne sont génétiquement plus ce qu’ils étaient, etc.), le fait est qu’au fil des pages, ça ressemble de plus en plus à de la simple maladresse. En quelques mots: l’auteur n’était pas, à l’époque d’élaboration de Blame!, à l’aise avec les visages, et ça se voit.

Et justement: ça se voit trop, dans ce format gigantesque qui, s’il est juste parfait pour représenter tout ce qui existe et se meut à une échelle titanesque, met en évidence tous les petits défauts anatomiques et le manque cruel d’expressivité de ses personnages. Un défaut qui était (de mémoire) déjà présent dans la précédente édition, mais qui sautait moins aux yeux (entre temps cependant, Tsutomu Nihei s’est beaucoup amélioré en la matière, et c’est particulièrement visible dans Aposimz).

De fait, faut-il recommander cette édition en grand format? Bah clairement, oui. Je veux dire, on s’en fout un peu, que les visages aient des gueules awkward: le perso principal de Blame!, c’est la mégastructure, et, très nettement, c’est ce qui est le mieux mis en valeur dans cette édition. Donc même si on possède l’ancienne, un passage par celle-ci constitue une relecture des plus pertinentes, et permet de voir des détails à peine perceptibles dans la précédente.

Si on ajoute à ça que cette dernière devenait de plus en plus difficile à trouver, et qu’au final, en neuf, l’intégrale coûte environ 20€ de plus en grand format qu’en poche, force est de reconnaître que ce n’est pas une mauvaise affaire. Loin de là, même. Ce peut même être une belle idée de cadeau, pour tout fan de SF qui se respecte.

Au revoir; à bientôt.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Zubrowski dit :

    Je confirme : cette intégrale vaut carrément le coup, d’autant plus que ce coup-ci les planches en couleur ont été réintégrées au récit. A cette échelle l’effet est d’autant plus vif, voire violent.
    Reste à s’habituer aux nouvelles traductions, mais je me fais plus facilement au passage de « Sauvegardes » à « Surveillants » qu’à Xazi devenue Zazie dans GLO. Ce serait bien quand un éditeur fait faire une nouvelle traduction que les choix du traducteur soient un peu expliqué, notamment en postface, mais bon, je pinaille.

    Bref une édition digne du monument qu’est Blame

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    1. tommyloser dit :

      Exactement. ^^
      Je te rejoins aussi sur les explications de traduction. Après, ça peut aussi être un ajout ailleurs qu’en postface, par exemple sur le site de l’éditeur.

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