Star Wars – L’Ascension de Skywalker

Ça y est: on tient la fin du cycle de la « renaissance » de Star Wars, entamé il y a quatre ans avec un épisode sept décrié pour n’être qu’un ersatz des précédents, et continué il y a deux ans par un épisode huit assez iconoclaste pour fâcher bon nombre de fans avec cette nouvelle direction prise par la franchise. Du coup, la grande question était de savoir ce qu’allait faire J. J. Abrams avec cet épisode neuf, vu que Rian Johnson avait cassé à peu près tout ce qu’il avait tenté de mettre en place. Résultat?

Une sinistre voix a retenti dans la galaxie: Palpatine est de retour, et il n’est pas content. Faisant de Kylo Ren son émissaire, il compte bien reprendre le contrôle de son empire et répandre la terreur. Mais il faudra compter avec la Résistance, qui s’est réorganisée et se prépare à contrecarrer ses plans: une taupe infiltrée dans les rangs du Nouvel Ordre informe les rebelles des activités de l’ancien disciple de Snoke, et Rey se lance dans la quête du monde-capitale perdu des Siths, Exegol, où se cachent Palpatine et sa mystérieuse flotte de destroyers surpuissants.

Alors, en toute honnêteté, j’ai très rarement passé un aussi mauvais moment devant un Star Wars au cinéma. Même le très décevant Solo ou, si on remonte plus loin, les très médiocres épisodes I & II arrivaient encore à raconter quelque chose d’à peu près cohérent. Là, même pas. En terme de cohérence scénaristique, on est à peu près au niveau des films sur les Ewoks. Et il est juste incroyable que J. J. Abrams ait signé ce truc (après, j’imagine que l’implication au départ de Colin Trevorrow dans l’écriture n’a pas dû aider).

Manifestement, il a refusé de continuer sur la lancée de Rian Johnson, au point qu’on en est à un niveau quasi-négationniste. La Résistance se limitait à la fin de l’épisode VIII à une poignée de survivants sous-équipés? Pif pouf, ils sont de nouveau une petite armée (pas au meilleur de sa forme, certes, mais assez pour être gênante). Kylo avait brisé son masque, marquant ainsi son abandon de la voie qu’il s’était fixé? Allez, un sbire de Palpatine va lui réparer, mais il devra faire plus attention la prochaine fois, sinon fessée. Rose jouait un rôle prépondérant et était devenue le love interest de Finn? Elle est désormais quasiment reléguée à de la figuration, avec peut-être même moins de lignes de dialogues que deux personnages non-nommés.

En gros, Abrams semble avoir fait tout son possible pour liquider le passif légué par Johnson et essayer de repartir sur de nouvelles bases… ou pas, parce que, tout bien considéré, son film dit juste: « OK, oubliez les deux précédents, mais rappelez-vous bien de l’épisode VI de 1983! » D’où le retour de Palpatine, puisque Snoke est mort et que, manifestement, Abrams n’a jamais considéré Kylo Ren comme un main antagonist crédible (on lui force donc une évolution à la Vador; que c’est original…).

Le problème que ça induit, c’est qu’il a fallu bourrer une nouvelle exposition pour justifier le scénario d’un film théoriquement conclusif de cycle. Du coup, le métrage a beau être long, il ne l’est clairement pas assez pour poser quoi que ce soit sans avoir l’air de courir tout le temps. D’autant que les transitions sont très mal gérées. En fait, c’est un peu comme si un hamster épileptique sous acide avait couru sur le banc de montage durant toute la postproduction.

Le film ne se pose jamais, ne reprend jamais son souffle, rushe ses scènes et ses dialogues d’exposition, n’a pas le temps de développer ses personnages (au fond, seuls Rey et Kylo ont droit au minimum syndical), les fait passer littéralement à travers des trous du scénario quand ils sont bloqués, fait intervenir des persos pile au bon endroit au bon moment parce qu’il le faut, multiplie les « ta gueule c’est la Force » et les facilités (notamment avec un deus ex-machina tellement forcé que c’en devient douloureux), aligne les références à la trilogie d’origine sans que jamais ce ne soit crédible ou pleinement justifié…

Restent les visuels, globalement réussis, mais aussi avec quelques ratages absolument inexplicables et même totalement inadmissibles dans un film à plusieurs centaines de millions de dollars de budget vendu sur ses effets spéciaux (je songe notamment à une certaine destruction de planète où on a l’impression que quelqu’un avait planqué un pétard dans une grosse boule de papier mâché, ainsi qu’à une scène où on peut voir les versions rajeunies de Leia et Luke; en moche, surtout comparé à ce qu’on peut voir dans The Irishman). Les décors sont eux plutôt variés, mais pas franchement inoubliables ni vraiment originaux; ou plutôt, ceux qui le seraient n’ont pas assez de temps à l’écran pour vraiment imprégner durablement la rétine par leur esthétique. Et comme ceux qu’on voit le plus sont aussi les plus moches et les plus vides…

Rian Johnson avait esquissé l’idée que Star Wars au cinéma pouvait être autre chose qu’une histoire dynastique, mais J. J. Abrams vient, avec L’Ascension de Skywalker, de lui opposer une fin de non-recevoir. En témoignent les révélations sur la lignée de Rey et l’évolution forcée de Kylo Ren, mais aussi la sous-exploitation de Finn malgré d’intéressantes pistes ouvertes. Résultat, comme il a pratiquement fallu tout reprendre (avec rien de nouveau cependant) sur un format dont la durée ne le permettait clairement pas, le film est catastrophique à l’arrivée.

La faute à une navigation à vue de la part de la production, qui s’est révélée incapable de donner à ses équipes de scénarisation et de réalisation une ligne directrice claire et cohérente. La faute, peut-être aussi, selon Rian Johnson, à une oreille beaucoup trop à l’écoute de certains fans, mais c’est un autre débat. Quoi qu’il en soit, le fait est là: cette « postlogie » prise dans son entièreté ne vaut aucun des deux autres cycles cinématographiques, du fait de ses errances et de son absence de vue d’ensemble, là où même la très décriée « prélogie » savait au moins où elle allait. Maintenant, il est vrai que ses premier et dernier épisodes ont été réalisés par l’un des créateurs de Lost; ceci explique peut-être cela.

Au revoir; à bientôt.

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