Stars Align

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Les « runs » de l’automne sont arrivés à leur terme, et il est donc temps de revenir sur ce qui a pu être diffusé sur ce laps de temps. Bon, je ne vais pas écrire un post pour chaque anime, je n’arriverai juste jamais à trouver le temps. Mais je crois que Stars Align le mérite (et puis, je l’avais bien fait aussi pour GinEiDen, donc…).

Le club de soft tennis dont Tôma Shinjô est le capitaine vit manifestement ses derniers instants: ses coéquipiers sont démotivés comme pas possible et la plupart n’en ont tout simplement plus rien à faire de leurs performances sportives. L’arrivée de Maki Katsuragi pourrait bien tout changer, car, bien que ne connaissant rien à ce sport, il a cependant une excellente condition physique et de très bons réflexes. Problème: Maki n’a aucune envie de se consacrer à un club. Gratuitement, du moins.

En général, un anime sportif se juge à l’aune de sa qualité technique et des choix de mise-en-scène/cadrage pour la pratique sportive en elle-même. Ici, c’est un aspect presque secondaire (on verra plus loin pourquoi), mais il n’est toutefois pas négligé pour autant. Les matchs sont visuellement accrocheurs et les mouvements des joueurs semblent plus fluides que dans un Prince of Tennis, par exemple (d’autant qu’il n’y a pas d’exubérance particulière). Il n’est pas improbable que la rotoscopie ait été utilisée sur ces séquences, puisqu’elle l’a manifestement été pour l’ending (ce qui a d’ailleurs créé un petit scandale rapidement réglé, à ce que j’ai cru comprendre). Et dans l’ensemble, l’anime s’en tire vraiment très bien en termes de dessin et d’animation… ou presque.

Les derniers épisodes ne sont techniquement pas à la hauteur des autres. Ou plutôt, le dessin de certains éléments sur plusieurs plans est bâclé (pour tenir les délais, j’imagine?), tandis qu’on a, dans tout le dernier, recours un peu trop souvent aux plans fixes dès qu’on sort du cœur de l’action (en l’occurrence, le dernier match). Comparé à la régularité, disons, de Tsurune (pour prendre un autre’ anime sportif récent aux personnages majoritairement masculins), c’est un peu décevant, mais ça reste cependant loin d’être scandaleux (d’autant que les conditions de travail et les moyens engagés n’étaient pas les mêmes; et la discipline sportive concernée est aussi beaucoup moins statique).

On pourra également lui reprocher sa durée, car, effectivement, douze épisodes, c’est assez court. De fait, la fin ne semble même pas en être une tant elle est ouverte, et une petite minorité de persos sont, du coup, survolés (Rintarô et Taiyô, notamment). Cependant, pour l’essentiel, on est quand même très loin d’un Cheer Boys, où seuls trois persos avaient droit à un développement. Et qui plus est, Stars Align n’oublie jamais le cœur de son histoire, à savoir le soft tennis, même quand il déborde TRÈS largement sur la slice of life et les nombreux problèmes rencontrés par ses protagonistes.

Il est vrai que très rares sont les anime ou mangas du genre qui n’évoquent pas un minimum les problèmes personnels des personnages principaux ou de leur entourage (c’est d’ailleurs particulièrement vrai pour les séries de basket). Mais on est là à un niveau rarement atteint, avec en plus des sujets réellement casse-gueule (un peu comme lorsque Hiroyuki Asada s’était mis en tête de parler de la discrimination des métisses au Japon dans I’ll) et, loin d’être un élément marginal ou complémentaire de l’anime, cela l’imprègne dans sa totalité, de son début à sa fin.

En lisant le pitch (un classique des anime sportifs: l’arrivée d’un joueur génial qui relance la motivation des troupes et donne de nouveaux objectifs), il est difficile de s’imaginer qu’il sera principalement question d’identité de genre, de pression familiale à un niveau pathologique voire de violences domestiques, de divorce et de difficultés de familles monoparentales ou recomposées. Car une bonne part des personnages se trouvent, précisément, dans au moins un de ces cas. Maki, par exemple, vit seul avec sa mère, mais doit aussi composer avec un père violent qui revient régulièrement leur soustraire de l’argent, tandis qu’il est ami avec une personne transgenre qui en a, visiblement, bavé de son côté.

En fait, la série est structurée de manière à donner à chaque personnage de l’équipe (plus un ou deux extérieurs) son « moment » (en général, tout ou partie d’au moins un épisode qui est consacrée à sa situation). D’ailleurs, si l’avant-dernier segment de chaque épisode est plus ou moins porteur d’espoir, le dernier vient toujours le briser en petits morceaux, en attaquant par un angle mort. Un peu comme s’il s’agissait d’un rappel systématique que le sort a décidé de s’acharner sur ce groupe, comme si la triste réalité venait les rattraper alors que leurs perspectives s’éclaircissent. La conclusion de la série s’avère à ce titre particulièrement sinistre, alors que le moment devrait être à la célébration joyeuse des efforts récompensés.

En réalité, même encore davantage que les thèmes abordés, c’est la façon dont ils sont narrativement traités ou non-résolus qui marque le pas, et fait de Stars Align une série de sport assez unique en son genre. En effet, au schéma traditionnel (répété jusqu’à la victoire finale) « problème personnel => entraide => résolution (ou assimilé) => amélioration de l’équipe » se substitue un « problème personnel => entraide (mais pas toujours) => ??? » Sachant qu’aucune « résolution » n’est jamais complète (à part peut-être éventuellement pour Itsuki), et qu’il y a presque toujours un petit élément (au moins contextuel) pour venir le rappeler. Particulièrement dans le dernier épisode, d’ailleurs.

En fait, Stars Align est un peu un anti-Hanebado: là où ce dernier se démarquait très fortement par des partis-pris visuels étonnants (comme le fait de limiter les sur-cuts pendant les matchs), Stars Align se démarque par ses partis-pris narratifs, livrant au final une œuvre infiniment plus déprimante, dans laquelle ses personnages ne connaissent de réussite (par ailleurs très incomplète) que dans le sport. Et toujours le récit finit-il par rappeler que cette modeste réussite demeure dérisoire par rapport au reste.

Pour certains, Stars Align pourra être considéré comme un acte manqué, voire un échec, du fait de ses ambitions par rapports aux moyens réels qui lui ont été alloués (en temps, en personnel, en financement, etc.). Pour ma part, c’est justement compte tenu de ce contexte de réalisation que je le considère comme une réussite, car il frappe juste dans un genre relativement codifié qui peine à se renouveler, en dépit de toutes ces contraintes. Stars Align prouve qu’un anime sportif peut, aussi, devenir une slice of life à tendance dramatique, où l’enthousiasme de l’esprit « nekketsu » se brise sur des réalités sordides.

Ou comment commencer l’année sur une note déprimante à souhait.

Au revoir; à bientôt.

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