Les Enfants du Temps

ou Tenki no Ko, AKA Weathering with You pour l’exploitation internationale, est le dernier long métrage de Makoto Shinkai en date. Sorti officiellement mercredi dernier en France, ça fait cependant un petit moment qu’il fait parler de lui en bien. Et après l’excellent Your Name, autant dire que mes attentes étaient élevées.

Hodaka Morishima, lycéen qu’on suppose victime de maltraitances, a fugué depuis son île pour venir se réfugier à la capitale. Seulement, voilà, il lui est impossible de trouver du travail vu sa situation, et c’est la « bienveillance » d’un rédacteur de magazine sur le surnaturel qui lui permet de garder la tête hors de l’eau. Mais surtout, Tokyo connait alors des précipitations infinies en plein été, et une légende urbaine, à propos d’une fille capable de provoquer des éclaircies par ses prières, commence à circuler.

Avant de parler du film proprement dit, quelques éléments de contextualisation. Je râle souvent beaucoup à propos de la façon dont est traitée l’animation japonaise au cinéma en France. Et vu le « bide » que s’est pris Your Name chez nous alors qu’il a cartonné à peu près partout où on lui a laissé sa chance, j’ai bien en envie de croire que j’ai raison. Eh bien pas dans le cas qui nous intéresse ici. Car, très étrangement, je n’ai eu absolument aucun mal à trouver une séance. En fait, j’avais même l’embarras du choix; et comme je suis chiant, j’ai pris la première en VO, en multiplexe, en matinale… et la salle était pleine à environ un tiers, malgré une incapacité patente du personnel du cinéma en question à cibler correctement son public (avec les bandes annonces les plus hors-sujet possibles). Comme quoi… Bref.

Les Enfants du Temps est un film particulièrement brillant d’un point de vue purement visuel, que ce soit en matière de dessin, d’animation ou de mise-en-scène. La photographie est, comme d’habitude avec Makoto Shinkai, splendide, et les aspects techniques ne semblent jamais montrer de faiblesse. Sans aller jusqu’aux délires psychédéliques des Enfants de la Mer, certains choix esthétiques imposent le respect et la ville de Tokyo semble par moments baigner dans une sorte d’atmosphère surréelle, voire, pour ainsi dire, presque une ambiance nonchalante de fin du monde.

Le Tokyo que dépeint Makoto Shinkai n’est pas si radicalement différent du vrai en apparence, mais quand on y regarde de plus près, le « Temps » du titre (au sens météo) en est la variable la plus tangible: une pluie quasi-permanente durant l’été, confrontant les habitudes tokyoïtes à une réalité nouvelle, décalée des cycles naturels connus et mâtinée de mysticisme mythologique. L’apparition d’une fille capable de suspendre quelques instants les intempéries est au départ une simple superstition, mais devient petit-à-petit un espoir, même pour ceux qui n’y croient pas: après tout, ils ont déjà tout essayé.

L’ennui, c’est que Hina est et reste une humaine, et qu’elle n’est « fille-soleil » que parce qu’il le faut pour gagner sa vie. Cette forme de désacralisation des « devoirs » mystiques est d’ailleurs le cœur du récit, tout autant que le « coming of age » de Hodaka, qui découvre à Tokyo un monde qu’il n’imaginait pas aussi brutal, avec des adultes en dessous de tout, à quelques exceptions notables. Parmi celles-ci, étonnamment, Taki Tachibana de Your Name, qui ne sert cependant pas à grand-chose, il faut bien le dire: sa présence constitue du pur fan-service et n’établit qu’une connexion superficielle entre les deux longs métrages.

Peut-être pas la meilleure idée du cinéaste, car la comparaison devient inévitable (bon, en même temps, je crois que tout le monde aurait essayé de comparer les deux même sans ça, donc on va dire que Makoto Shinkai a juste pris les devants). Par rapport à son prédécesseur, Les Enfants du Temps ne marque pas de rupture fondamentale, au point que des mauvaises langues diront que Shinkai, c’est un peu toujours la même rengaine, racontée d’une manière différente: celle d’un couple (avéré ou en devenir) qui rencontre des difficultés qui dépassent l’entendement commun.

Ici, c’est une problématique d’ordre climatique (actualité oblige) qui a pris le pas sur la problématique temporelle/catastrophique, et c’est au fond par les éléments de contexte (en particulier social et humain de manière générale) que le film est le plus virulent. Et là où Taki et Mitsuha se battaient contre le destin, Hodaka et Hina se battent contre des membres de leur propre espèce, principalement. Au point que la fin est beaucoup plus acide qu’à l’habitude du réalisateur/cinéaste (et je m’arrête là pour ne rien spoiler).

Au final, Les Enfants du Temps, meilleur que Your Name? Eh bien… j’ai peur que la question ne se pose pas en ces termes. D’un point de vue visuel, Les Enfants du Temps va plus loin que son prédécesseur, mais sans jamais franchir la frontière qui en ferait un film totalement à part dans la filmographie de Makoto Shinkai. En fait, il est surtout plus « engagé » que Your Name, sans jamais devenir un brûlot politique à proprement parler. Si ma préférence personnelle ira à Your Name, je ne peux pas décemment considérer que Les Enfants du Temps soit plus mauvais; au contraire, en fait: c’en est simplement la continuité logique. Il a peut-être juste plus de longueurs (qu’on peut également considérer comme de simples passages contemplatifs), mais il s’agit dans tout les cas d’un must see.

Au revoir; à bientôt.

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