1917

Avec un titre aussi laconique, ç’aurait pu être un film sur une des révolutions russes (celle de février ou celle d’octobre), sur la sortie du court métrage Imokawa Mukuzo – Genkanban no Maki (considéré comme le premier anime au cinéma de l’histoire du Japon, aujourd’hui perdu), sur la fin de l’expédition états-unienne au Mexique (qui échoua à capturer Pancho Villa) ou encore sur l’indépendance de la Finlande. Mais non, il sera, encore une fois, question de Première Guerre Mondiale.

Avril 1917: les troupes du Kaiser ont opéré une retraite stratégique dans le nord de la France, et le colonel MacKenzie entend bien en profiter pour pousser plus avant, avec son bataillon du Régiment du Devonshire. Malheureusement, il s’avère que c’est un piège, comme le prouvent des photos aériennes récupérées par l’état major. Et puisque les Devons sont maintenant avancés trop loin, le général Erinmore envoie deux soldats, Schofield et Blake, jouer les messagers en traversant les lignes ennemies (théoriquement abandonnées) pour ordonner l’annulation de l’attaque. Une mission que Blake prend d’autant plus à cœur que son grand-frère est lieutenant chez les Devons.

Des films sur la Première Guerre Mondiale, il y en a eu un bon paquet; moins que sur la Seconde, probablement, mais tout de même. 1917 arrive donc en terrain connu, voire battu et rebattu. Par contre, ce qui est relativement nouveau, c’est que le récit se focalise autant sur le rôle des estafettes; de mémoire, je ne me souviens pas d’avoir déjà vu un film entièrement centré dessus, en tout cas. Car, ici, il s’agira de suivre la mission de Blake et Schofield, caméra au poing. Ou presque.

En effet, tout le film est présenté sous la forme d’un faux plan séquence, rompu à seulement quelques reprises. Une performance remarquable, d’autant que Sam Mendes nous a épargné la shaky cam, et j’imagine que rien que le fait de filmer les scènes a dû être par moments particulièrement ardu (durant le dernier segment, notamment). Elle démontre également le talent du cinéaste pour les transitions, même si certaines relèvent un peu de la facilité. Toutefois…

C’est un peu un problème: puisque le film essaie de se présenter comme une suite d’événements (presque) continue, son rythme ne se pose jamais. C’était certainement voulu, je suppose, mais il n’empêche que les scènes s’enchaînent à grande vitesse, et parfois de manière incongrue. Un peu comme si Sam Mendes, dont l’objectif avoué était de rendre hommage à son grand père poilu, avait casé dans un laps de temps court des faits, anecdotes ou discussions qui auraient gagné à être plus étalées dans le temps.

Le scénario en pâtit, non seulement sur le rythme, mais aussi sur l’écriture, où les clichés sont légions; un peu comme s’il avait fallu cocher des petites cases. De fait, un des deux personnages principaux porte un gros death flag sur la tronche dès les premières minutes, et certains set-up/pay-off ont juste l’air totalement forcés. La seconde moitié du métrage est factuellement absurde si on la lit au premier degré, avec ses soldats allemands plus mauvais tireurs que des Stormtroopers, ses « lol pas de bol » ou ses « oh bah ça, ça tombe bien » (sans qu’il y ait pour autant de véritable deus ex-machina, quand même).

Sur le champ onirique/symbolique, ça a, en revanche, du sens, d’autant que la photographie presque surréelle de ces scènes vient l’appuyer avec ferveur. Plus globalement, d’ailleurs, la photographie est superbe. Vraiment superbe. L’horreur de la guerre, si elle n’est pas exhibée avec la volonté de jouer sur le gore, n’en est pas moins factuellement présente. C’est sur un chemin littéralement pavé de cadavres boulotés par les rats et les corbeaux que Blake et Schofield doivent poursuivre leur route, vers ce qui reste d’Écoust-Saint-Mein, puis au-delà.

Enfin, dernière chose, qui ne m’a pas foncièrement aidé à apprécier le film: je l’ai vu en VF. Certes, ma préférence va souvent à la VO, mais le fait est que 90% des films que je vais voir en salle sont en VF (plus vendeuse que de la VOST), et je n’ai généralement pas de raison de m’en plaindre. Mais là, on est quand même beaucoup plus éloigné du doublage français d’Il faut sauver le soldat Ryan que de celui de Hitman le Cobra. Oui, à ce point.

Quoi qu’il en soit, je reste un peu mitigé devant 1917. Autant je salue la performance du faux plan séquence et trouve la photographie vraiment superbe, autant le scénario ne m’a pas franchement emballé. Pris dans son ensemble, le film donne un peu l’impression qu’on est moins en train de regarder deux soldats accomplir leur mission qu’en train de suivre, par dessus l’épaule d’un joueur, un PJ et un PNJ dans un TPS scripté (un aspect renforcé par le côté « vous avez l’item C, veuillez le donner au PNJ n° 57 » de quelques scènes). Pas de quoi détrôner À l’Ouest, rien de nouveau et autres, donc.

Au revoir; à bientôt.

 

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