Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn

En sus de bandes annonces tout sauf engageantes (et c’est un euphémisme), Birds of Prey doit composer avec un passif douloureux: il est en effet la suite du lamentable Suicide Squad, à savoir l’un des plus mauvais films de super-héros de la décennie passée (voire LE plus mauvais). Donc autant dire que, de mon côté, les attentes étaient proches du néant.

C’est officiel: Harley Quinn et le Joker, c’est fini. Mais du coup, la première perd au passage la protection du second. Et à Gotham, surtout après ses frasques, ça équivaut à se tatouer une cible indélébile au milieu du front. D’ailleurs, le mafieux Roman Sionis a bien l’intention d’exploiter la situation à son profit, mais son attention est d’abord focalisée sur la récupération d’un joli diamant, qui vaut une petite fortune. Las, ce dernier est dérobé par une gamine du coin, laquelle voisine avec une certaine Dinah Lance, une chanteuse employée par Sionis et dont la mère collaborait autrefois avec la policière Renee Montoya. Celle-ci entend pendant ce temps faire son travail, et l’isolement de Harley pourrait bien lui faciliter les choses. Toutefois, elle est un peu préoccupée par l’arrivée en ville d’un « tueur à l’arbalète » qui a commencé à faire le ménage dans la mafia; et dont l’une des cibles est manifestement Victor Zsasz, le bras droit de Sionis. Tout se recoupe.

Le résumé a l’air fouillis présenté comme ça, mais le scénario l’est en fait beaucoup moins dans la forme. Il reprend globalement la recette de Deadpool, avec une narration éclatée à l’image de l’état mental de la principale protagoniste. Qui est d’ailleurs aussi la narratrice. De fait, il y a beaucoup de flashbacks. Sans que ça nuise vraiment à l’ensemble, vu que ça reste cohérent (enfin, autant que faire se peut), grâce à divers effets de style (comme les pétages de quatrième mur de Harley) et à des transitions très réussies. Les jeux de couleurs sont aussi très à propos, avec notamment une dominance du criard. Du moins, c’est le code-couleur de Harley Quinn. Les choses sont souvent plus sobres pour les autres, à l’exception du night club de très mauvais goût de Sionis. Quoi qu’il en soit, le trait commun de tout ce petit monde, c’est qu’il a un problème avec l’autre genre, voire la société dans son ensemble.

Ce n’est pas un secret: le film a une très forte tonalité féministe, qui transparait jusque dans le titre original (ce qui n’a pas été conservé pour la VF; pourquoi?). Sionis et ses sbires sont des gangsters et donc des habitués de la violence et du sexisme, la quasi-totalité des autres personnages masculins sont au mieux de gros machos, Renee se heurte à un plafond de verre dans un métier hautement viriliste, Harley affronte presque la totalité de la ville de Gotham en s’émancipant de la domination du Joker, etc. Certains auront donc reproché au film son approche très premier degré, mais elle n’est au fond ni stupide, ni inappropriée. Il est bon à ce titre de rappeler que Suicide Squad s’était surtout vendu sur la sexualisation du personnage de Harley; aussi le rejet de la domination masculine dans Birds of Prey vient ainsi au passage lui coller une bonne beigne, et marque donc sa rupture avec celui-ci.

Pour autant, Birds of Prey est loin d’être parfait. Certains choix de scénario semblent en effet particulièrement forcés, et s’il est marrant au début de voir Harley Quinn s’en sortir au pur bol ou à la connerie (façon cartoon), ça devient au bout d’un moment assez lourd. Cependant, les scènes de combat sont assez rythmées et joliment chorégraphiées/filmées, ce qui rattrape pas mal de choses. Pas les incohérences générales, toutefois (la plupart inhérentes au DCEU, de toute façon). Ni quelques scènes assez cheesy (comme le « combat » contre Black Mask et la séquence finale avec ses costumes miteux). Mais le principal reproche que j’aurais à formuler tient à la sous-exploitation de certains personnages.

Victor Zsasz, en particulier, est une mauvaise blague caricaturale: pour que j’en arrive à me dire que je trouve celui de la série Gotham bien meilleur, c’est qu’il y a un très gros souci. L’absence remarquée de Gordon et Bullock a aussi fait grincer pas mal de dents, et elle est effectivement incompréhensible: Bullock aurait juste été parfait en collègue con et macho de Montoya (on va dire que c’est compensé par la présence de Steven Williams dans le casting). De même, Cassandra Cain en ado cléptomane et pickpocket à protéger… bof; j’ai dû mal à y voir autre chose qu’une facilité scénaristique. Par ailleurs, j’ai trouvé le personnage de Huntress assez anecdotique, et ce n’était probablement pas la meilleure manière d’utiliser les talents d’actrice de Mary Elizabeth Winstead.

En revanche, Margot Robbie, Ewan McGregor et Rosie Perez portent le film sur leurs épaules et s’en sortent au mieux. La première est, évidemment, bien mieux mise en valeur que dans Suicide Squad, le deuxième campe un main villain (pourtant pas folichon de base) de fort belle manière, et la troisième colle vraiment très bien à son personnage de femme qui a tout fait pour réussir professionnellement mais s’est faite avoir sur toute la ligne par ses connards de collègues.

Finalement, Birds of Prey est assez loin de la catastrophe annoncée, et est plus qu’un simple ersatz de Deadpool (disons qu’il y a là un propos de forme et de fond, ce qui manquait à ce dernier). Avec le passif de Suicide Squad à rattraper, on ne peut pas dire que Cathy Yan (dont c’est d’ailleurs apparemment le second long métrage) et la scénariste Christina Hodson (qui avait travaillé sur Bumblebee) s’en soient si mal tirées que ça. En ce qui me concerne, en tout cas, j’ai passé un plutôt bon moment. Ce n’est pas Wonder Woman, mais ç’aurait pu être bien pire.

Au revoir; à bientôt.

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