Listeners

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Ce trimestre aura été particulièrement étrange pour tout le monde, et l’animation japonaise n’aura pas été épargnée, avec un nombre inégalé de reports et suspensions de séries. Toutefois, un petit nombre sont parvenues à tenir leur planning (dans des conditions que j’imagine difficiles), dont Listeners. Une de celles qui avaient le plus retenu mon attention en avril dernier.

Echo vit de récup’ sur la décharge qu’est devenue la ville autrefois florissante de Liverchester (ou Riverchester; j’ai l’impression que la traduction a pas mal hésité). Passionné par les Players qui combattent héroïquement les Sans-Oreilles (de grosses bestioles noirâtres protéiformes), il est allé jusqu’à retaper un Equipment manifestement abandonné par l’un d’eux. Mais n’étant pas Player lui-même, ce dernier reste inutilisé; jusqu’au jour où il tombe, au beau milieu d’un monceau d’ordures, sur µ, une Player amnésique manifestement connectée d’une manière ou d’une autre à Jimi Stonefree, le Player qu’admire le plus Echo et qui a disparu dix ans auparavant.

Au départ, ça ressemble quand même vachement à Eureka seveN (Dai Satô oblige). Vraiment beaucoup. Et ce n’est pas pour me déplaire, cette dernière figurant sans trop forcer dans mon top 3 des séries des années 2000. Il y a pas mal de points communs: perso principal qui vit dans le trou du cul du monde, la rencontre avec son love-interest en guise d’élément perturbateur, love-interest dont le passé et la nature sont évidemment mystérieux, dans un monde où « you should never meet your heroes » parce que ce n’est pas aussi grandiose qu’attendu (mais on va aider quand même), etc. Maintenant, le revers de la médaille, c’est que ça force la comparaison avec un très, très gros morceau.

Un gros morceau qui compte plus du quadruple d’épisodes, donc on ne va pas tortiller plus longtemps: on est loin de Eureka seveN. Ne serait-ce que parce que Listeners n’a tout simplement pas le temps de développer un univers aussi élaboré et des personnages aussi étoffés. Si bien que beaucoup d’entre-eux resteront malheureusement confinés à un niveau fonctionnel, et que la seule à bénéficier d’un certain degré d’ambivalence, c’est µ; du moins, autant que faire se peut.

Ceci étant dit, ça ne veut pas dire que Listeners soit mauvais; loin de là, en fait. D’un point de vue purement technique, il s’en tire même bien, toutes circonstances prises en compte. J’ai eu un peu de mal avec son chara-design, très… disons banal. Ce qui ne gâche rien, au fond: sur le plan visuel, les décors sont souvent magnifiques, et sur le plan sonore, les ambiances musicales sont probablement le gros point fort de l’anime; donc, effectivement, on peut se permettre un chara-design peu mémorable à côté. Je pense, d’ailleurs, que c’était une intention artistique, afin de faire ressortir ce que la série avait de meilleur à proposer en background.

L’anime est blindé de références culturelles, presque exclusivement focalisées sur la musique. Les Equipments, avant d’être de gros robots de combat, sont des amplis de guitare sur lesquels se branchent directement les Players. Un concept que je trouve particulièrement intéressant, surtout qu’il fait écho au concept affiché en guise d’accroche d’un « monde sans musique » (même si, malheureusement, ce n’est pas autant exploité que je l’aurais voulu): la « musique » est, ici, un combat contre les Sans-Oreilles.

De ces derniers, on ne saura finalement que très peu de choses avant la deuxième moitié de la série, mais on se doute bien que ce qu’on nous en dit au départ est éloigné de la réalité, et que µ y est liée d’une manière ou d’une autre. Sans spoiler la fin… eh bien, autant je trouve son fond pertinent, autant je trouve la forme au mieux décevante, n’assumant pas certains choix de scénario ou simplifiant beaucoup trop les choses pour rester crédible (en fait, trois ou quatre épisodes de plus n’auraient pas été de trop).

Et je pense que c’est malheureusement un constat qu’on peut étendre à l’ensemble de l’anime: si ce n’est pas vraiment gênant au début (parce qu’il faut bien démarrer par quelque chose), le fait que la série ne dure que 12 épisodes en fait pâtir sa narration (ça et quelques choix pas très heureux). Il est vrai que Dai Satô est plus réputé pour des séries au minimum deux fois plus longues (Cowboy Bebop, Wolf’s Rain, Ergo Proxy…), aussi, et je reste persuadé que Listeners aurait dû bénéficier de plus de temps.

Maintenant, soyons lucides deux minutes: après avoir été surreprésentés, les robot anime sont désormais une sous-catégorie devenue presque rare au sein de la production animée japonaise. Et Listeners, malgré tous les petits soucis qui l’émaillent, vaut bien Planet With (pour prendre un autre robot anime sur le même format de ces dix dernières années). Si elle était sortie dans les années 2000, elle aurait probablement été éclipsée par un ou deux concurrents immédiats, mais n’en sommes plus là: il est difficile de lui tenir rigueur de ne pas être à la hauteur d’anime sortis il y a quinze ans dans un contexte beaucoup plus favorable (à tous les niveaux).

Listeners ne sera donc pas un « nouveau » Eureka seveN, mais la série en propose déjà bien assez pour être agréable à suivre et globalement pertinente (malgré une fin qui m’a semblé décevante), le tout avec une ambiance visuelle et sonore qui fleure bon le second XXe siècle occidental et ses cultures (ou contre-cultures) musicales. Et c’est déjà pas mal, franchement.

Au revoir; à bientôt.

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