Le Dévoreur de souvenirs

… est le titre du dernier manga en date de la collection Moonlight chez Delcourt/Tonkam. Une histoire courte en deux volumes.

Ryôichi croit se souvenir que, enfant, il avait entraperçu son amie Maki en compagnie du Kiokuya, un être surnaturel réputé pour se nourrir des souvenirs qu’il efface (ce qu’il a d’ailleurs fait à cette occasion). Cependant, cette légende urbaine demeure mal connue, et Ryôichi, désormais étudiant, à l’intention d’étudier ce mythe pour son projet de recherche. Ce qui risque d’être assez difficile, puisque le Kiokuya s’efface de la mémoire des personnes qui entrent en contact avec lui (logique).

À première vue, ç’avait l’air vraiment très sympa, et potentiellement très intéressant: le double sujet (la mémoire et les légendes urbaines) n’a rien de bien nouveau, mais ça laisse quand même le champ ouvert à un nombre de possibilités originales relativement important. D’autant que, aussi bien les aspects surnaturels que les aspects mémoriels peuvent, esthétiquement parlant, donner lieu à des exercices de style audacieux ou de purs moments de folie graphique. Sauf que…

Eh bien, que ce soit narrativement, scénaristiquement ou esthétiquement, ça reste vraiment très plan-plan. Les visuels sont juste fonctionnels. Pas mauvais ou moches, non, mais manquant cruellement de relief ou même d’identité, vu le thème. Ce ne serait pas un problème si, à côté, le scénario n’était pas à peu près dépourvu d’originalité. Au point de tomber dans à peu près tous les poncifs du genre (à vrai dire, on devine sans trop de problème l’identité du Kiokuya dès la première cinquantaine de planches).

Ensuite, et c’est vraiment problématique pour un manga d’enquête, les personnages sont très monolithiques, voire purement fonctionnels. Le protagoniste est simplement caractérisé par le fait qu’il est… bah le protagoniste, quoi. Il n’y a pas grand-chose à en dire, si ce n’est qu’il est relativement sympa avec tout le monde, sauf avec son amie d’enfance pour laquelle il manifeste une forme de condescendance  (probablement parce que ce qui la caractérise, elle, c’est que c’est une gigantesque chieuse). Sachant que les autres personnages ne sont pas plus développés, à côté.

Quant-à l’enquête en elle-même, elle n’est pas particulièrement palpitante, d’autant que, puisque les clichés s’accumulent, le suspense n’est pas vraiment au rendez-vous. Par exemple… bon, je ne sais pas si on peut parler de spoiler pour ça, mais j’imagine que oui, donc si ça vous gêne, zappez la suite de ce paragraphe. Dans pas mal d’histoires courtes du genre, il s’avère que le… on va dire « McGuffin humain » est un personnage proche du protagoniste. L’ennui, c’est qu’ici, il n’y en a qu’un seul, de perso vraiment proche du protagoniste. Du coup, oui, l’identité du Kiokuya devient très vite évidente (malgré la tentative de départ de brouiller les pistes); d’autant plus évidente qu’elle est spoilée par la couverture du second volume, mais bref.

Aussi le Dévoreur de Souvenirs est-il une petite déception. Pas catastrophique ou honteux, mais un titre qui, dans l’idée, avait de quoi proposer du très lourd, même (surtout) sur un format court, s’avérant pourtant au final très plat, à tous les niveaux. Après le battage qu’a fait l’éditeur autour de sa sortie, on peut dire que la montagne a accouché d’une souris. Et donc, ce ne sera probablement pas un manga qui restera durablement dans les mémoires… ce qui est en fait totalement raccord avec son thème, maintenant que j’y pense.

Au revoir; à bientôt.

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