Deca-Dence

Ce post arrive un peu tard, pour une raison assez simple, en fait: la petite tempête qui vient de traverser le sud de la France n’a pas épargné ma ligne téléphonique. Ce qui, vous vous en doutez, a un peu limité mes possibilités de connexion, mais bref. Deca-Dence, c’était vraiment très cool.

Deca-Dence est le nom d’une forteresse mobile post-apocalyptique qui accueille les derniers représentants de l’espèce humaine. Ceux-ci doivent en effet faire face aux Gadolls, des créatures monstrueuses hostiles qui leur interdisent toute forme de sédentarité, mais qui constituent aussi leur principale ressource. De fait, des battues sont régulièrement organisées pour les chasser, auxquelles participent les Gears, des êtres au potentiel surpuissant. Natsume aurait bien voulu se joindre à eux, mais, amputée d’une main durant son enfance, elle est jugée inapte et affectée à l’équipe du chef Kaburagi, un ancien Gear affecté au nettoyage de Deca-Dence; qui constate pourtant rapidement son potentiel.

Sauf que tout le paragraphe précédent, soit en gros ce qui est présenté dans le premier épisode, s’avère faux. Ou plutôt très incomplet. Du coup, re-pitch: Deca-Dence est le nom du MMO le plus en vogue chez les cyborgs qui résident dans la sphère terrienne. C’est que la Terre a été ravagée, et que l’espèce humaine ne peut plus y survivre que dans un espace sous bulle, dans lequel évoluent des mobs, les Gadolls, qui constituent la principale attraction du jeu. Ah oui, il faut quand même apporter une précision: Deca-Dence n’est pas une réalité virtuelle, et les cyborgs se connectent à des avatars de chair et de sang, tandis que les humains y évoluent dans l’inconscience la plus totale.

Aussi, l’idée de présenter un premier épisode de l’unique point de vue de Natsume, sans qu’il ne soit jamais question des aspects « ludiques » de Deca-Dence, est d’autant plus crucial que cette exposition vole en éclat dans le deuxième, centré, lui, sur Kaburagi, un cyborg utilisateur de Gear entré en disgrâce. Et tout le reste, qui alternera les points de vue essentiellement entre les deux, montrera un Kaburagi principalement attaché à sauver les miches de sa protégée, tiraillé par le remord de devoir lui mentir. Mais surtout, on y découvrira la société/civilisation des cyborgs… qui s’avère vraiment très, très éloignée, formellement, de ce qu’on attendrait sous cette dénomination.

Oubliez les T-800 et les expériences mortelles du Dr Gero, les cyborgs de Deca-Dence sont de… euh… mignons petits avatars de Oz de Summer Wars sur pattes? Car le staff de l’anime a eu l’idée de génie d’inverser les esthétiques, entre un jeu ultra-réaliste et une réalité ultra… bah colorée et kawaii, avec des persos à mi-chemin entre des Digimons et des robots des années 1970/80. Le principal résultat de cette inversion (outre les aspects esthétiques), c’est que le questionnement de notre rapport collectif aux avatars et aux mondes persistants en ressort renforcé: il ne s’agira pas ici d’une énième IA émergente comme dans un SAO (exemple pris au pif), mais bel et bien d’êtres sentients coincés dans un jeu et qui n’en ont même pas conscience. Il apparaîtra d’ailleurs assez vite, en outre, que les Gadolls peuvent aussi parfois s’affranchir des limites de leur programmation.

Et, comme on pouvait s’en douter: on est dans un Jurassic Park, à savoir un lieu de loisir avec des attractions vivantes; or, la vie trouve toujours un chemin. En premier lieu, ce sera l’esprit de rébellion de Kaburagi contre le système et le fait que ce dernier élimine méthodiquement ce qu’il qualifie de « bugs » (soit des éléments agissant hors de contrôle, même de manière inoffensive; comme Natsume, qui n’est enregistrée nulle part). On notera d’ailleurs que la chose n’est pas seulement valable pour le jeu Deca-Dence, mais aussi pour l’ensemble de la société cyborg, manifestement très réticente à l’idée de revivre l’enfer qu’a visiblement été la fin de la civilisation humaine.

En outre, c’est l’ensemble de la civilisation des cyborgs, de ses loisirs à ses pratiques économiques et sociales, qui est présentée comme déshumanisante. Notamment dans le traitement infligé aux réprouvés, dont la révolte évidente n’attend finalement que la prise de conscience profonde de Kaburagi pour s’enflammer. Ce sera, d’ailleurs, tout l’enjeu de l’anime, qui lorgne vers des problématiques finalement assez diversifiées. Or, ç’aurait pu être bien trop pour un simple cours d’une douzaine d’épisodes; sauf qu’il n’en est rien: la série est rythmée et sans temps mort, mais elle sait aussi prendre son temps quand il le faut (bien qu’elle ne soit au fond jamais contemplative). L’exposé est limpide, les personnages très rapidement attachants, le fusil de Tchekhov est bienvenu, il y a pas mal de show don’t tell… bref, rien à redire sur le scénario, vraiment.

Quant-à la réalisation, dans l’ensemble, elle est franchement des plus correctes, sans déluges d’effets visuels mais en fait très efficace, malgré quelques coups de mou ponctuels. Le choix de chara-design relativement simples pour les cyborgs a dû pas mal faciliter les choses en matière d’animation, mais en fait, les phases les plus mémorables sont finalement les combats aériens « in-game » assez somptueux dans leur genre. Par contre, je n’ai jamais vraiment réussi à accrocher au design (d’ailleurs inégal) des Gadolls, mais on va dire que c’est très subjectif (d’autant que leur aspect factice se justifie par le contexte). Enfin, rien de spécial à dire sur le doublage ou la musique, il n’y a pas véritablement de fausse note.

Tout ça pour dire que Deca-Dence s’avère une excellente surprise, malgré un contexte de production que j’imagine compliqué, compte tenu de la crise actuelle.

Au revoir; à bientôt.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Zubrowski dit :

    De facto, Deca-dence est le meilleur anime original de la saison et même le meilleur depuis un sacré bout de temps. En terme d’ « original réussi », je le place au niveau d’un Xam’d Lost Memories,

    Tu as tout dit quant au détail de cette réussite ; je n’ajouterai qu’un point qui me vient justement en faisant le parallèle avec Xam’d. Les deux sont d’excellents animes, rythmés, originaux et tout çà, cependant ils on une faiblesse que je ne saurais pas définir, un petit quelque chose qui fait qu’un Cowboy Bebop est tout çà mais est aussi un chef d’oeuvre référentiel et générationnel, alors que Xam’d et Deca-dence seront « juste » des oeuvres très réussies.

    Mais je chipote. Sérieux, vous cherchez un excellent anime qui vous fera passer un TRES bon moment? Regardez Deca-dence. point 😉

    Aimé par 1 personne

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