Skies of Arcadia a 20 ans

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Enfin, pour être plus précis, c’est Eternal Arcadia, qui est sorti il y a vingt ans, au Japon. Pour Skies of Arcadia, il aura fallu attendre la localisation nord-américaine un mois après. Mais bref.

Vyse était un joyeux et vaillant pirate navigant fièrement… sur le bateau de son papa. Bah oui, il était encore loin de pouvoir se targuer d’être un vrai capitaine, même si c’était ce à quoi il aspirait, avec son amie Aika. Toutefois, un jour qu’ils avaient fait pas mal bobo à un vaisseau de l’Armada de l’Empire Valuan, ils libérèrent une mystérieuse captive, Fina, et décidèrent de l’aider dans sa quête: empêcher l’empire susnommé de s’emparer des vestiges d’une puissante et antique civilisation en les prenant de vitesse.

Scénario post it? Certes. Et après? Il n’y a jamais eu de loi imposant à un RPG de disposer d’une histoire ultra-complexe. Et puis, si, sur le papier, Skies of Arcadia était tout sauf original, dans les faits, l’univers s’avérait assez singulier: toutes les « îles » d’Arcadia restaient en suspension dans les airs, façon Laputa, si bien que la totalité de la navigation s’effectuait dans des cieux céruléens. Un peu comme pour les déplacements de Panzer Dragoon Saga, mais à une plus grande échelle.

Et bien évidemment, qui dit « bateau pirate » dit « combat naval » (enfin, aérien, pour le coup). Il y en avait pas mal, d’ailleurs, de ces affrontements célestes au canon, et il valait mieux bien préparer son vaisseau pour cela; enfin, dans un premier temps, c’étaient ceux des autres qu’on utilisait. Comme celui du vieux Drachma, sorte de capitaine Achab des cieux, ayant dédié sa vie à la chasse au monstre qui lui avait tout pris. Ou celui de Gilder, un pirate séducteur amateur de flingues. Puis venait le moment où, avec une solide base-arrière, on constituait, enfin, son propre équipage; un peu comme on rassemblait ses affidés dans un Suikôden, mais version pirate.

Après, il y avait également des phases de combat beaucoup plus classiques pour les affrontements à échelle humaine, tout comme l’essentiel des déplacements au sol ne différait en rien de ce qu’on pouvait trouver par ailleurs à la même époque en matière d’exploration. En outre, la plupart des environnements « terrestres » n’avaient rien de bien novateur: on trouvait, par exemple, le continent flottant d’inspiration amérindienne, le territoire d’inspiration moyen-orientale, ou l’archipel d’inspiration japonaise. Mais les musiques, assez extraordinaires dans leur genre, faisaient totalement passer la pilule du manque d’originalité sur ce plan.

Elles étaient cosignées par Yutaka Minobe (pas bien connu alors) et Tatsuyuki Maeda, qui avait auparavant composé celles, excellentes, de Dragon Force et Astal sur Saturn. Le reste était le fruit du travail d’Overworks, studio de Sega autrefois connu sous la dénomination d’AM7 ou Team Shinobi (donc derrière la plupart des jeux éponymes, les principaux Phantasy Star, les trois premiers Streets of Rage, les trois premiers Golden Axe console, les cinq premiers Sakura Wars, le trop sous-estimé Deep Fear…), avec Rieko Kodama (soit Madame Phantasy Star) à la production et Shuntarô Tanaka (soit le futur Monsieur Valkyria Chronicles) à l’écriture. Ouais, le jeu ne partait pas sous les plus mauvaises auspices.

Même chose pour le doublage, d’ailleurs: Tomokazu Seki avait prêté sa mémorable voix à Vyse, tandis que Sôichirô Hoshi, Kinryû Arimoto et Hikaru Midorikawa jouaient respectivement les Valuans Enrique, Galcian et Ramirez. Tomoko Kawakami doublait, elle, Aika, et Yui Horie assumait le rôle de Fina. Enfin, le rôle de Gilder avait été dévolu à Norio Wakamoto. Il est, soit dit en passant, très regrettable que ces voix fussent éjectées des versions occidentales, pour être remplacées par un doublage américain beaucoup plus quelconque.

Tout ça pour dire qu’on avait alors entre les mains un jeu réalisé par une équipe de Sega expérimentée avec quelques nouveaux talents sortis du rang, sur une machine performante et rodée (la Dreamcast allait conclure sa deuxième année d’exploitation), avec de bons comédiens de doublage, animée d’un puissant appel à l’aventure servi par une ambiance certes classique mais envoûtante, recevant par conséquent d’excellentes critiques et… ce fut un bide. Pas absolument catastrophique, mais un sacré bide malgré tout. Pour plusieurs raisons.

La plus évidente: la PlayStation 2 était sortie depuis un bon semestre déjà, et si son line-up de départ avait été dans le meilleur des cas discutable, pas mal d’eau avait coulé sous les ponts et pas mal de titres annoncés faisaient beaucoup envie (notamment un certain Final Fantasy X, annoncé pour l’année suivante). En Amérique du Nord, la console n’allait d’ailleurs pas tarder à arriver sur les étals, et la com’ de Sony battait à plein régime. Skies of Arcadia, qui devait y sortir quelques temps après cette dernière, allait évidemment en pâtir. Comme la Dreamcast dans son ensemble, en fait. En Europe, c’était encore pire: le jeu sortit un mois après la mise en arrêt de production de la console.

Toutefois, la mort de la Dreamcast ne devait pas immédiatement signifier celle de la toute naissante franchise Skies of Arcadia, car plusieurs portages furent envisagés. Sortit ainsi en 2003, sur GameCube, une version upgradée du titre, Skies of Arcadia Legends, avec pas mal d’ajouts qui n’avaient pu être implémentés dans la version Dreamcast (notamment de nouvelles quêtes annexes). Sauf qu’entre-temps, les portages PlayStation 2 et PC furent abandonnés, tandis que les déboires financiers de Sega allaient durablement hypothéquer toute possibilité de suite, l’éditeur préférant alors tabler sur des franchises plus bankable, comme Sonic, Shining ou Phantasy Star.

On a toutefois pu revoir Vyse en tant que soldat dans Valkyria Chronicles, en compagnie d’Aika et Fina (même s’il ne s’agit pas des originaux mais plutôt d’une sorte de variante alternative d’un autre monde, l’attention est appréciable). Le héros pirate s’est aussi retrouvé au volant d’un véhicule dans Sonic & All Stars Racing Transformed, où Skies of Arcadia disposait d’ailleurs de son propre circuit dédié (et c’est toujours ça de pris). Mais jamais de suite, ni même de nouveau portage depuis le début des années 2000.

De fait, la situation de Skies of Arcadia ressemble bien davantage à celle de Panzer Dragoon Saga qu’à celle de pas mal de ses homologues de la Dreamcast, comme les Shenmue ou Grandia II, qui ont eu droit à une reconnaissance beaucoup plus étendue. Il mériterait, lui aussi, sa réédition en démat’ sur PC et/ou Switch (mais jusqu’à présent, la politique de Sega dans sa gamme « Sega Ages » sur l’eShop s’est avérée pour le moins discutable; à croire que l’entreprise est incapable de tirer profit de la richesse de son patrimoine).

Au revoir; à bientôt.

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