Mank

… est le titre du dernier long métrage de David Fincher. Un film que j’ai découvert un peu par hasard sur Netflix, vu que l’algorithme de la plateforme semblait vraiment vouloir me le faire regarder. Pour une fois, à raison.

Désert des Mojaves, 1940: installé (avec une jambe dans le plâtre) dans un ranch bien tranquille par RKO Pictures, le scénariste Herman J. Mankiewicz, dit Mank, est chargé par le réalisateur débutant Orson Welles de rédiger le scénario de son premier film. En deux mois. Comment s’est-il retrouvé acculé dans cette situation? La réponse nous sera donnée par des flashbacks des années 1930, et principalement 1934, année de la défaite électorale de Upton Sinclair, dans laquelle la MGM, le studio où il travaillait alors, était très impliquée (pour le camp adverse).

Citizen Kane étant considéré par pas mal de monde comme le meilleur film de tous les temps, il a fasciné un nombre impressionnant de cinéastes, et nul doute que David Fincher est de ceux-ci. Réaliser ce film-sur-le-film (enfin, sur l’écriture du film, pour le coup) devait lui tenir d’autant plus à cœur que le scénario est signé par feu son père, Jack Fincher, qui nous a quitté en 2003 (c’est d’ailleurs, à ma connaissance, le seul film où il est crédité à ce poste), après l’échec d’une première tentative de le porter à l’écran à la fin des années 1990.

Mank est particulièrement méta, comme on s’en doute: par sa narration, sa thématique et sa morphologie, le film rappelle beaucoup son objet (Citizen Kane, donc). Le choix du noir et blanc est particulièrement pertinent ici, mais il l’est d’autant plus que tout est fait pour tenter d’obtenir un rendu de vieux film remasterisé, avec des artefacts d’image et surtout de nombreux effets de style empruntés à l’époque, que ce soit dans le cadrage, les transitions, etc.

Car Mank dresse le portrait du Hollywood des années 1930, et les effets dévastateurs de la grande dépression sur son industrie, entre autres. Un portrait guère engageant, d’ailleurs, puisque les jeux d’argent, d’influence et de politique y vont bon train, alors que le petit personnel voit ses salaires drastiquement diminués, jusqu’à en être réduits à l’indigence (« c’est la crise, vous comprenez »). Quoi qu’il en soit, trois grandes figures, parmi les fréquentations de Mank, émergent du récit.

La première, c’est Louis P. Mayer. Le second « M » de MGM, présenté comme un véritable rapace d’une fauxculterie extraordinaire, cynique et soutien affiché du parti républicain. Vient ensuite Marion Davies, une actrice très attachée à Mank, dont elle apprécie la gouaille et les sarcasmes, jusqu’à un certain point. Son compagnon William Randolph Hearst, enfin, qui servira de modèle pour le Charles Foster Kane du futur scénario. Mais qui, paradoxalement, restera moins marquant que les deux autres.

Si tous les acteurs sont bons, Gary Oldman est celui sur lequel repose tout le long métrage. Campant un Mank ironisant outrancièrement, charmeur platonique, notoirement alcoolique et jouant les électrons libres ou les bouffons avinés, il donne le ton à l’ensemble du film, impose son rythme, et pèse finalement plus lourd que l’ensemble du cast réuni; éclipsant malheureusement au passage les prestations, au demeurant très correctes, de Tom Burke en Orson Welles et Charles Dance en W. R. Hearst.

La figure de l’écrivain Upton Sinclair, candidat au poste de gouverneur de Californie en 1934, reste bien lointaine, mais se place au cœur des dialogues et devient l’un des principaux enjeux du film. Contexte électoral aidant (je suppose), le long métrage est une charge sabre au clair contre les manipulations médiatiques et les méthodes de caniveau employées par certains magnats. Est aussi ouvertement pointée du doigt l’espèce d’union sacrée qui peut exister entre les républicains et une frange importante des démocrates quand il s’agit de dégager un candidat « socialiste » (quand bien même ledit candidat se présenterait-il sous étiquette démocrate); qui, en 1934, aboutirent à l’élection du républicain Frank Merriam.

Cette élection est la principale charnière du récit, celle autour de laquelle s’articule le plus important basculement de cette histoire: la disgrâce de Mank. Et avec elle, l’enchaînement qui aboutira à la création de Citizen Kane, alors que son scénariste est au plus bas, physiquement brisé et moralement accablé. S’ajoute à cela la présence de fond de la guerre en Europe, qui touche directement ses proches, et les tentatives de W. R. Hearst de faire mettre au placard ce futur film qu’il prend comme une injure, quitte à jouer sur des cordes sensibles.

Bref, Mank est à mon avis un grand film, dont, cependant, je ne pense pas avoir saisi tous les tenants et aboutissants. C’est que le film est très référencé, et que ce n’est pas la période d’Hollywood que je connais le mieux. Par exemple, y apparaissent visiblement pas mal d’acteurs et actrices célèbres du temps, mais je n’en ai reconnu que très peu, faute de… bah faute de connaissance approfondie du cinéma américain des années 1930 (j’en ai peut-être vu une douzaine de films, à tout casser). Toutefois, je n’ai pas eu le sentiment de passer totalement à côté du propos, ni de l’histoire, et je reste persuadé qu’on peut y entrer sans connaissance préalable, pour en ressortir avec le sentiment que c’était une des meilleures réalisations de David Fincher. Et qu’il y aura peut-être matière à d’autres visionnages ultérieurs.

Au revoir; à bientôt.

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