Mobile Suit Gundam F91 a 30 ans

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1989 avait été marquée, pour la franchise Gundam, par la sortie d’un film conclusif de l’arc « principal » de l’Universal Century (en fait à l’époque le seul), à savoir Char’s Counterattack. Deux ans (et quatre jours) plus tard, dix ans (et deux jours) après la sortie au cinéma du premier film Gundam, devait arriver sur les écrans un nouveau long métrage, pouvant potentiellement dévoiler les intentions de Sunrise sur ce qui allait être fait de l’Universal Century: Mobile Suit Gundam F91.

UC 0123: Zeon et Neo-Zeon ne sont plus que de mauvais souvenirs pour la Fédération. Frontier Side (anciennement Side 4) s’est plus ou moins remise des dégâts occasionnés par la Guerre d’Un An, et c’est sur l’une de ses stations que vivent Seabook Arno et Cecily Fairchild… dont le quotidien est brutalement bouleversé par l’invasion de la Crossbone Vanguard. L’armée privée de la famille Ronah s’est en effet constituée en force sécessionniste porteuse d’un projet de nation spacenoïde: Cosmo Babylonia. Pour y répondre, la Fédération a sous le bras un nouveau modèle révolutionnaire de Gundam, conçu par la mère de Seabook.

L’histoire se répète… et c’est un reproche qui a été formulé de manière récurrente à ce film. Le démarrage est un quasi-décalquage de celui de la série d’origine: rébellion armée spacenoïde qui provoque une guerre dans les colonies, pilote civil qui se retrouve aux commandes du dernier prototype fédéral (lequel est également conçu par l’un de ses parents), amie qui se révèle connectée familialement à la faction adverse, mec masqué posé en Némésis (c’est devenu depuis un lieu commun), éléments de chara-design qui relèvent par moments du copier-coller (Anna-Marie est un clone visuel de Lalah)…

Toutefois, ce démarrage est aussi le plus gros point fort du film: la séquence de début est l’une des mieux construite de toute la franchise et parmi les plus mémorables. En effet, elle expose de manière particulièrement crue les événements, soit les conséquences directes d’une attaque de colonie qui n’a pas pu évacuer à temps ses civils et alors qu’elle est défendue par des soldats incompétents aux actions parfois dévastatrices pour leur propre camp. Si, par la suite, Seabook rejoint bien le camp fédéral, c’est avec amertume et motivé par l’idée de protéger les siens, et il n’adhère clairement pas aux vues d’un gouvernement terrien totalement irresponsable.

Puis, le long métrage part en vrille. Pas à cause de son histoire, pas plus incohérente que n’importe quel autre Gundam de l’UC, mais à cause de son rythme totalement tordu. Et on touche là au plus gros problème du film, qui est très révélateur de son contexte de production chaotique: lorsque le projet a été lancé, l’idée était de préparer une nouvelle série d’animation. De fait, c’est ce que Yoshiyuki Tomino a proposé: un scénario pour une série d’une cinquantaine d’épisodes… et qui a été gardé, en tranchant dedans, lorsque les décideurs ont estimé qu’il serait plus profitable d’en faire un long métrage à la place.

Le résultat est un rythme bâtard où des séquences ponctuellement très bien construites voient leur succéder des passages totalement rushés, des ellipses qui rendent certaines actions incompréhensibles, des compressions manifestes au niveau de l’exposition (notamment des motivations des persos), ou au contraire des moments de flottement vraiment très étranges. Un vrai gâchis.

Par ailleurs, le mecha-design (élément particulièrement important dans un Gundam) y est pour le moins inégal. L’essentiel est le fruit du travail de Kunio Okawara, un vétéran des premières heures de la franchise à qui on doit une bonne partie des MS les plus emblématiques de l’UC (à commencer par le premier Gundam et le Zaku II). Sauf qu’on lui doit aussi quelques horreurs, comme le Zakrello ou le Zock. Et là, bah c’est un peu la même: ça passe plutôt bien sur le Vigna-Ghina ou le Dahgi-Iris, moins sur le Den’an-Zon ou le Ebirhu-S.

D’autant qu’il y a les Bugs. Je ne vais pas trop m’étendre dessus vu qu’ils n’apparaissent que dans le dernier segment du film, mais c’est une faute de goût monumentale. Le genre de trucs qu’on s’attendrait à trouver dans un Mazinger des années 1970, mais pas dans un Gundam des années 1990. Pourtant, conceptuellement, il y avait de l’idée, tout comme il y avait de l’idée avec le personnage de Karozzo Ronah. Ce dernier est en effet présenté comme un homme détruit qui a tout sacrifié à son idéal, au point d’en devenir inhumain… sauf que c’est si peu développé que s’en devient caricatural.

Mobile Suit Gundam F91 est un énorme acte manqué, et c’est justement ce qui fait son intérêt (enfin, dans une certaine mesure). S’il y avait déjà eu à l’époque plusieurs films-résumés de la série d’origine, celui-ci est un film-résumé d’une série qui n’existe pas et n’existera vraisemblablement jamais. Toutes ses bonnes idées se sont vues plus ou moins sabotées en cours de production, et il en ressort un métrage très mal rythmé, bourré de « trous » et aux visuels pas foncièrement mémorables. L’OST est peut-être une des meilleures de la saga, mais c’est très insuffisant pour sauver le reste.

Autant dire que le succès critique n’a pas vraiment été au rendez-vous, et cet arc de l’UC a été tranquillement planqué sous le tapis: lorsqu’il s’est agi de sortir une nouvelle série Gundam, en 1993, il a été décidé de la situer trente ans après et d’ouvrir un nouvel arc (pas meilleur, ceci dit). L’année d’après sortit le manga MS Crossbone Gundam qui, en revanche, faisait directement suite à Gundam F91: on y retrouve plusieurs de ses personnages principaux face à l’émergence d’un empire jupitérien totalitaire et hostile à la sphère terrienne. Ont bien entendu été conservées au passage un certain nombre de « nouveautés » introduites dans le mecha-design du film, comme les beam-shields ou la taille des MS plus réduite qu’à l’accoutumée (ça revenait moins cher en plastique pour les gunpla). Toutefois, le titre n’a jamais été publié en France, et je doute fort qu’il le soit un jour.

Gundam F91 est quant-à lui arrivé en France en DVD au milieu des années 2000, quand Beez s’évertuait à essayer de populariser Gundam chez nous, avec le succès mitigé que l’on connaît. C’est d’ailleurs par ce biais que j’ai vu le film pour la première fois. Depuis, Beez a cessé ses activités éditoriales, mais Gundam F91 a fait un petit tour par la chaîne Youtube de GundamInfo (avant d’en repartir), tandis que AllTheAnime prévoit toujours de le sortir en BluRay en édition collector cette année. Qui plus est, puisque Crunchyroll semble s’évertuer à nous sortir de vieux titres de la saga, il n’est pas exclu qu’il arrive lui aussi un jour sur la plateforme (disons que ce serait dans la logique des choses).

Au revoir; à bientôt.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Zubrowski dit :

    Ce film est un mystère : le charadesign, le méchadesign, les visuels, bref j’apprécie énormément tout ce qui touche à son aspect visuel (bon, ok, les Bugs n’ont aucun sens. Les Automatons de 00 étaient bien mieux) alors que chaque fois que j’essaie de le regarder me viens le même constat : « mais comment se fait-il que quelqu’un ait osé faire un film avec des bouts épars, et que des prods l’ait validé? » Le pire c’est qu’aujourd’hui je serais chaud pour un remake : il le mériterait, et même une série serait envisageable, mais je crois qu’il faudra se contenter des apparitions du F91 et du Crossbone dans Build Fighters.

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    1. tommyloser dit :

      J’en ai bien peur, oui. 😦
      Mais qui sait, peut-être qu’avec le gros revival qu’a connu l’UC ces dernières années…

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