Blue Flag

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À vrai dire, je pensais que je le caserais dans le prochain vrac, mais je crois que ce titre méritait bien un post pour lui tout seul. Car j’ai le sentiment qu’on tient avec Blue Flag le meilleur shônen romance/slice of life jamais proposé par la Shûeisha. Enfin, de ceux qui ont été publiés en France, s’entend.

Taichi Ichinose est un lycéen globalement dans la norme et sans histoire, avec une cote de popularité proche du néant. Rien à voir avec son ami d’enfance Tôma Mita, nouvel espoir de l’équipe de baseball idolâtré par les filles du bahut. Pourtant, ce dernier persiste à le considérer comme son meilleur ami, malgré le fait que tout commence à les éloigner. Et c’est donc vers Taichi que se tourne la timide Futaba Kuse lorsqu’elle commence à éprouver des sentiments envers Tôma: se considérant elle-même comme gauche et sans atout, elle aurait bien besoin de son aide. Que fera donc ce dernier, alors qu’il sait pertinemment que Futaba n’est pas du tout le genre de Tôma, et que celle-ci ne le laisse pas indifférent?

Alors, évidemment, le pitch sonne très familièrement (ça ressemblerait presque au début de Video Girl Ai), et on pourrait se dire que le scénario va ronronner de quiproquo en quiproquo téléphonés, selon un déroulement tout ce qu’il y a de plus prévisible. Sauf que pas du tout. Parce que, si Futaba n’est pas le genre de Tôma, c’est surtout parce que ce dernier est gay. Et qu’il le cache aussi bien qu’il le peut à tout le monde. Y compris à son cher Taichi, qui est à ses yeux plus qu’un ami.

Ce sont donc tous les questionnements de ce trio de personnages (auquel s’ajoute rapidement Masumi, amie de Futaba au tempérament sec et au verbe acéré) qui seront, au cours de ces huit volumes, exposés avec une virtuosité rare. Tout porte en effet à penser que Kaito a parfaitement compris qu’on n’écrit pas un scénario de fiction comme un tract militant (une leçon que j’aurais bien aimé voir assimilée par les scénaristes de Star Trek: Discovery, mais c’est hors sujet).

Les personnages interagissent de manière très naturelle, sans explosion de pathos ou dramatisation abusive, mais jamais de manière mécanique. Tous essaient, chacun à leur manière, de se préparer au grand saut dans l’inconnu qui les attend à la sortie du lycée: leur avenir d’adulte. Car le manga s’évertue à faire évoluer ses protagonistes dans une logique de coming of age, non seulement sur le plan romantique, mais aussi sur la façon qu’ils auront d’envisager leur futur. Et parfois de confronter leurs rêves professionnels d’enfance aux réels possibles, ou tout simplement de réaliser qu’ils ont changé.

Futaba a une vision assez claire de son avenir professionnel, qui passe par la fac, mais s’avère beaucoup plus indécise sur le plan affectif. Taichi manque cruellement d’assurance et se montre hésitant jusqu’au dernier volume. Quant-à Tôma, il est très rapidement évident que sa décision est prise: il souhaite entrer dans la vie active dès son diplôme en poche et prendre une forme d’indépendance (au grand dam de sa famille), tandis qu’il préfère garder ses sentiments en veilleuse, du moins autant que possible (c’est d’ailleurs également ce que fait Masumi).

Enfin, les deux derniers chapitres sont juste magistraux. J’irai même jusqu’à dire que ce sont des modèles pour le genre. La conclusion de l’avant-dernier, presque toute en texte introspectif (et en dessins d’ambiance) sonnerait presque comme un retournement de dernière minute si elle ne semblait pas aussi naturelle dans son déroulement elliptique. Le dernier, lui, est une sorte de flashforward entièrement narré à la première personne, sans que la voix du protagoniste ne se fasse entendre, et dont je préfère éviter de spoiler le contenu; juste dire que c’est l’une des plus belles fins qu’il m’ait été donné de lire.

Blue Flag, donc, est un grand titre, au scénario exceptionnellement bon dans son genre, surtout pour sa catégorie éditoriale. Je pense que c’est en grande partie dû à son contexte général de publication, dont la très grande latitude qui a été laissée à l’auteur par l’éditeur. Il est bon à ce sujet de rappeler que le manga a été prépublié en ligne, dans le Shônen Jump+, et que la pression devait être bien moindre qu’à l’époque où Kaito travaillait sur des histoires de sport pour le Weekly Shônen Jump. De fait, il n’est pas illogique que ce semble être une œuvre très personnelle.

Quoi qu’il en soit, le résultat est là, et Blue Flag mérite clairement qu’on s’y attarde.

Au revoir; à bientôt.

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