Nos meilleures vies

… est un choix d’intitulé un peu étonnant, surtout par les temps qui courent, vu que le titre de la version japonaise était littéralement traduit en anglais sur la couverture originale par « Even if I can’t use magic » (et au passage, la couverture de l’édition française est beaucoup moins classe en comparaison). Mais bref, c’est Kanna Kii, et c’est toujours bien, Kanna Kii, non?

Six jeunes adultes à Tokyo essaient de rentrer dans une forme de vie active, avec tout ce que ça peut induire en termes de remises en question, désillusions et autres joyeusetés sur l’avenir et les personnes avec lesquelles on a l’intention de le construire. Kishi bosse dans l’animation sous les ordres de Chiyo, pour laquelle il éprouve beaucoup d’affection… non-réciproque, puisque cette dernière vit avec Tama. Tama qui tente, tant bien que mal, de percer dans la musique.

En fait, seuls ces trois persos ont une réelle importance. Ce qui, du coup, fait un peu ressembler le court passage dont ils sont exclus pour un chapitre hors-sujet (même s’il y a ultérieurement une vague tentative de raccrocher les wagons). Quoi qu’il en soit, les trois autres dont il est question dans le résumé de la quatrième de couverture resteront secondaires, et surtout là pour donner la réplique aux principaux.

Ces derniers se connaissent, ne serait-ce que de vue, depuis plusieurs années: Kishi travaillait dans la salle d’arcade que fréquentaient Chiyo et Tama au lycée, avant de se retrouver, finalement, à travailler pour le studio dont Chiyo est LE talent. Sauf que Chiyo n’est pas particulièrement passionnée par son boulot. Loin de là, en fait: au lycée, c’était Tama qui, semblait-il, avait un dont pour le dessin; un don laissé de côté pour se consacrer à la musique (la marotte familiale, apparemment). Laquelle est devenue son nouveau rêve.

D’ailleurs, c’est pour la poursuite de ce rêve que Chiyo effectue des travaux qui ne l’intéressent pas (mais qui paient quand même le loyer, les charges et les courses). Pour autant, on ne peut pas vraiment dire que Tama profite abusivement de la situation, et même préfèrerait que Chiyo puisse enfin bosser dans ce qui lui fait envie. Kishi, lui, ne supporte plus son travail, n’arrive pas à encaisser l’idée que Chiyo le trouve creepy (voire ne puisse pas l’encadrer) et… se montre assez pathétique, en fait.

Kishi est un loser; pas un loser magnifique façon Big Lebowski, mais plutôt le genre de mec énervant qui, d’une part, ne sait pas vraiment où il va, et d’autre part, ne sait pas vraiment ce qu’il veut (il n’est pas non plus beaucoup aidé, il faut dire). Courir derrière Chiyo est une chose, mais il n’a aucune perspective d’avenir, et n’a pas particulièrement de talent pour l’animation; ni pour ses autres tafs, de ce qu’on peut en voir. Paumé la majeure partie du temps (du moins, du temps montré dans le récit), il aura de profondes remises en question à effectuer.

Au fond, la trame romantique est assez ténue, et surtout là pour servir de colonne vertébrale à la thématique principale du manga, à savoir l’entrée dans la vie active et le monde du travail. Le triangle potentiel est très vite expédié à la poubelle (tant mieux) et si Kishi continue d’orbiter autour de Tama et Chiyo, celle-ci ne le verra jamais davantage que comme une nuisance, dans le meilleur des cas. Là où Tama sait faire preuve de davantage d’empathie. Tama est d’ailleurs, de mon point de vue, le personnage le plus intéressant de l’histoire, mais je vais éviter de trop spoiler. Disons qu’on comprend assez rapidement l’attachement de Chiyo pour cette personnalité solaire, opposée en tout point à ce que peut être Kishi.

Nos meilleures vies n’est pas parfait, évidemment, mais force est de reconnaître que Kanna Kii a un talent réel pour ce genre d’histoire. À titre personnel, ce n’est pas mon manga préféré de l’autrice, et je me vois mal le comparer, par exemple, à Solanin d’Inio Asano (qui me semble beaucoup mieux maîtrisé). Mais cela reste une lecture très plaisante, et mon seul regret est que l’édition française ne lui rende pas nécessairement l’honneur qu’il méritait.

Au revoir; à bientôt.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s