Mobile Suit Gundam 0083 a 30 ans

Si les années 1980 s’étaient conclues de manière tonitruante pour Gundam, avec, successivement, Char’s Counter Attack et Gundam 0080, force est de reconnaître que les années 1990 démarraient plutôt mal pour la franchise, avec un film d’animation discutable. Fort heureusement, une série d’OVA devait sérieusement redresser la barre. Et cette série, c’est Mobile Suit Gundam 0083: Stardust Memory (laquelle a été résumée en un long métrage sous-titré Le Crépuscule de Zeon en France, mais on y reviendra).

UC 0083 (sans blague): le duché de Zeon a été vaincu trois ans plus tôt, avec le quasi-anéantissement de la famille Zabi. Cependant, cette défaite n’a toujours pas été acceptée par certains soldats et officiers de l’armée sécessionniste, comme l’amiral Aiguille Delaz ou le pilote Anavel Gato, qui ont refusé de déposer les armes et sont entrés dans la clandestinité. L’occasion de prendre leur revanche se présente lorsque la Fédération fait entrer sur la base de Torrington un prototype de Gundam (le Physalis) équipé d’un armement nucléaire tactique; et que Gato réussit à s’y infiltrer. Or, c’est sur cette base qu’a été affecté le pilote novice Kou Uraki, fasciné par les Gundam; et qui, de fil en aiguille (pas Delaz), se retrouvera aux commandes de l’autre prototype de Gundam du hangar (le Zephyranthes), bien décidé à prendre sa part du gâteau (pas Anavel).

L’objectif affiché du scénario est d’exposer une période à l’époque assez obscure de l’UC, à savoir l’entre-deux-guerres qui sépare Gundam de Z-Gundam. Ou comment on est passé d’une occupation spatiale fédérale pacificatrice à l’oppression fasciste des Titans en à peine cinq ans. Il apparaît ici que tout découle d’un unique cycle très court d’événements, à savoir le conflit de Delaz (que je ne vais pas détailler pour éviter les spoils).

Le chara-design, s’il peut sembler plus quelconque (en comparaison des séries sus-citées), colle cependant très bien à ce qui est raconté: après tout, Kou est un pilote lambda, et il n’est pas illogique qu’il ne se démarque pas vraiment des autres, physiquement; à contrario, Gato respire le charisme et la prestance. Ayant gagné au cours de la Guerre d’Un An le titre de Cauchemar de Solomon, Anavel Gato est un homme obsédé par l’idée de l’injustice de la défaite qui leur a été infligée, et refuse d’abandonner ses idéaux, quitte à tout leur sacrifier.

Son soutien indéfectible à l’amiral Delaz obéit précisément à cet impératif, puisque c’est bien ce dernier qui lui donne l’occasion de prendre sa revanche; ça et la Fédération elle-même, en développant un appareil particulièrement meurtrier en violation totale des accords internationaux. On retrouve donc le poncif de l’incompétence fédérale, incapable de protéger correctement son propre matériel expérimental, lequel est ici retourné contre elle par des fantômes de la Guerre d’Un An. Ces derniers continuent de hanter l’espace colonial, et constituent l’un des principaux ressorts de la série: ce n’est pas un hasard si le premier épisode s’ouvre sur un flashback de la bataille d’A Baoa Qu et qu’il continue son déroulement en Australie, zone la plus sinistrée par le conflit.

Outre Delaz et Gato, on rencontre aussi au fil des épisodes Kelly Layzner, un pilote estropié qui aimerait reprendre son envol, ainsi que Cima Garahau. Celle-ci, disposant de sa propre flotte, s’est associée à Delaz avec des motivations visiblement troubles, contre l’avis de Gato. Aux yeux de ce dernier, elle incarne la face sombre de Zeon, leur opposition signifiant la grande hétérogénéité de leur faction: la noblesse des combats et de la cause pour l’un, les basses besognes et les crimes de guerre pour l’autre. Quant-à la Fédération, elle est principalement montrée comme dépassée par les événements.

Gundam 0083 est intéressante dans le sens où sa tonalité, si elle ne rejoint jamais totalement celle de 0080, s’en rapproche parfois fortement. Par l’absurdité des combats, pour commencer, puisque Delaz et Gato combattent pour l’honneur d’un pays qui n’existe plus, et qu’ils n’ont aucune chance de faire renaître, là où Kou se bat… principalement pour son égo: blessé dans son amour propre pour ne pas avoir réussi à empêcher Gato de s’emparer du Physalis, il va, tout au long de la série, s’embourber dans son obsession de le mettre hors d’état de nuire, quitte à tout sacrifier. Notamment sa relation naissante avec l’ingénieure Nina Purpleton.

Cette dernière est le troisième personnage principal de l’histoire, et… eh bien, force est d’admettre qu’elle ne se place pas exactement au même niveau d’écriture que les deux autres. Sélénite travaillant pour Anaheim et conceptrice des deux prototypes de Gundam qu’elle accompagne à la base de Torrington, elle se pose d’abord comme une femme forte dévouée à son travail; avant développer progressivement de l’affection pour Kou, mais elle dévie en cours de route vers… je ne sais pas trop. Désolé, mais spoiler dans le paragraphe qui suit.

Inexplicablement, quelqu’un dans le staff d’écriture s’est dit, à un moment, que ce serait bien d’en faire l’objet d’une rivalité amoureuse entre Kou et Gato. Sauf que ça ne marche pas du tout; jamais. C’est même un véritable gâchis, car le personnage se retrouve tordu, jusque dans sa narration: on apprend tardivement que c’est une ancienne amante de Gato, mais rien dans le début de la série ne le laisse supposer; pire, tout laisse même à penser au départ qu’elle et Gato ne se sont jamais rencontrés, sans parler de davantage. Une énorme incohérence, qui n’avait absolument pas lieu d’être.

Ceci étant dit, sorti de cette romance ratée, force est d’admettre que ça reste une série brillante. En termes de réalisation, déjà, elle est assez formidable dans son genre, et a par conséquent très bien vieilli. L’animation et la chorégraphie de certains combats sont juste magnifiques et n’ont rien à envier à certains titres ultérieurs de la franchise. Une bonne partie de ses mérites esthétiques revient aux mecha-designs de Shôji Kawamori et Mika Akitaka, parmi les plus mémorables de la saga. À commencer par le Zephyranthes et le Physalis, basés sur le vieux modèle que pilotait Amuro à la fin des années 70, mais bien assez modernisés pour donner le change à ceux de Z ou ZZ (car oui, il n’y a pas que thématiquement que la série est un pont entre les deux époques). Sans parler des Mobile Armors, parmi les plus réussis de l’UC.

Aussi serait-elle un must see… si elle était disponible dans nos contrées. Certes, elle a été condensée en Le Crépuscule de Zeon, qui a lui fait l’objet d’une ressortie récente chez @Anime, mais il n’est clairement pas à la hauteur de la série (pour faire court, c’est un Gundam F91-bis, sabrant à mort dans le scénario au point d’en devenir parfois incompréhensible). Sachez, cependant, qu’il existe une version italienne de la série en DVD chez Dynit, mais qui commence à dater un peu et devient relativement difficile à trouver (et je suis bien content d’avoir pu me la procurer à bas prix il y a quelques années).

Maintenant, tout espoir n’est pas perdu: @Anime a déjà démontré sa volonté de sortir (ou ressortir) de vieux Gundam en BluRay, et CrunchyRoll semble motivé d’intentions similaires pour son catalogue de VOD. De plus, il n’est pas impossible de la voir débarquer officiellement un jour sur la chaîne Youtube de GundamInfo, à l’instar de pas mal d’autres titres qui en sont passés par là. Bref, je reste (encore) optimiste.

Au revoir; à bientôt.

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